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La folie a un nom, elle s’appelle Mr Bojangles

Comment une famille se construit face à la folie ?

[Pour lire cet article en musique: Nina Simone – Mr Bojangles]

Le premier roman d’Olivier Bourdeaut raconte une histoire d’amour, une histoire de famille. C’est à travers les yeux d’un fils que l’on assiste l’excentricité de leur quotidien. Ces moments sont entrecoupés par des extraits écrits de la main du papa. Il y a donc, une dualité entre le regard un peu naïf d’un enfant et la dure réalité des événements que nous évoque le père.

En attendant Bojangles est une histoire vraie, « Ceci est mon histoire vraie, avec des mensonges à l’endroit, à l’envers, parce que la vie c’est souvent comme ça ».

Au début de l’histoire, la folie, amenée par la maman, est mignonne, excentrique et constructive. Elle leur permet une routine. Évidemment, pas au même titre que nous l’entendons mais, il y a bel et bien une routine. C’est le papa qui tous les matins nomme sa femme différemment selon son humeur (on ne connaîtra jamais son vrai prénom), c’est « Mr Bojangles » de Nina Simone en boucle sur le tourne-disque, c’est les dîners mondains, alcoolisés, tous les soirs de la semaine, c’est le château en Espagne pour les vacances, c’est l’oiseau exotique, Melle Superfétatoire, qui vole librement dans l’appartement, c’est le fils qu’on retire de l’école car elle ne correspond pas à leur valeur,…

La folie apporte un équilibre tant qu’elle est canalisée. Mais, cette stabilité est rompue le jour où le fisc vient sonner à la porte leur annonçant qu’il est temps de rembourser les impôts qu’ils n’ont jamais payés pendant de nombreuses années. À la réaction de la maman, on comprend que la somme est impayable. À partir de ce moment-là, la folie devient bouleversante et ingérable parce qu’inattendue. L’excentricité n’est plus mignonne et sympathique comme au début, elle est inquiétante. « Le problème avec le nouvel état de Maman, c’est qu’il n’avait pas d’agenda, pas d’heures fixes, il ne prenait pas rendez-vous, il débarquait comme ça, comme un goujat. Il attendait patiemment qu’on ait oublié, repris notre vie d’avant, et se présentait sans frapper, sans sonner, le matin, le soir, pendant le dîner, après une douche, au milieu d’une promenade. Dans ce cas-là, nous ne savions, nous ne savions jamais quoi faire et comment le faire, pourtant, pourtant, au bout d’un moment, nous aurions dû avoir l’habitude. Après les accidents, il y a des manuels qui expliquent les premiers soins, ceux qui sauvent, mais là, il n’existait rien. On ne s’habitue jamais aux choses comme ça. Alors à chaque fois, avec Papa, nous nous regardions comme si c’était la première fois. Dans les premières secondes en tout cas, après on se souvenait et nous regardions autour de nous pour voir d’où pouvait bien venir cette nouvelle rechute. Elle ne venait de nulle part et c’était bien ça le problème.

Après, les évènements vont s’accélérer et amener la maman à l’hôpital. Et là, on se rend compte à quel point la maman était l’âme de la famille, la cohésion venait d’elle. Comment une famille continue à se construire sans cette étincelle, cette folie douce et fondatrice ?

Je ne vais pas vous raconter la fin de l’histoire car, le but de cette rubrique est de vous donner envie de lire. Je peux, quand même, vous dire que j’ai adoré ce livre. Pourtant, si je suis honnête avec vous (et je le suis), je pense que si je l’avais trouvé dans une librairie je ne l’aurai peut-être pas acheté. La quatrième de couverture ne me faisait pas spécialement envie. Mais, comme je l’ai reçu et que je l’avais dans ma bibliothèque, je me suis dit pourquoi pas.

En attendant Bojangles.jpg

Je ne suis pas déçue. Je peux, sans exagération, vous dire que ça faisait longtemps que je n’avais pas accroché à un livre à ce point. Je l’ai lu en trois soirées tellement je ne voulais pas le lâcher. C’est le roman que j’attendais, celui qui me rappelle qu’aucune autre forme d’expression artistique ne me procure une telle émotion.

En attendant Bojangles, raconte la vie. Effectivement, entrecoupée de mensonges et de vérités car la mémoire est construise comme cela. Car l’amour est fait de ça aussi, pour se protéger et surtout, protéger l’autre. Olivier Bourdeaut a rendu hommage à ses parents, à leur histoire d’amour dont il est un dommage collatéral.

« Durant tout le temps qu’elle passa dans la boutique, mon père lui répondit avec retard, en chuchotant, les yeux voilés :

– Je sais bien que vous m’aimez, mais que vais-je faire de cet amour fou ? Que vais-je faire de cet amour fou ?

Puis, lorsque Maman sortit de la boutique en souriant vers nous comme si elle avait entendu, un plateau d’huîtres dans un bras et deux bouteilles coincées sur ses seins dans l’autre, il soupira :

– Quelle merveille… Je ne peux pas m’en priver… Certainement pas… Cette folie m’appartient aussi. »

Et vous, vous l’avez lu ? Qu’en avez-vous pensé ?

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