Après deux ans

Hier soir j’ai eu peur.

 

Pas parce que j’avais entendu un bruit ou vu un film stressant.

Ce n’était pas non plus car j’étais seule chez moi et que j’entendais fort le vent.

Ce n’était ni irrationnel, ni lié à l’instant.

J’étais paniquée, paralysée et je pleurais sans larmes.

Mes yeux fixaient la porte entrouverte de ma chambre.

Je ne comprenais pas.

 

Mon appartement c’est mon hâvre de paix. Un lieu à moi.

Ma chambre à moi. Et à mon chat aussi.

Ici je me sens bien, je suis libre.

Depuis que je suis à la recherche d’un emploi, j’ai eu le temps de l’apprivoiser.

Je connais ses moindres recoins et tous ses secrets.

Ses bruits sont familiers et ses défauts acceptés.

C’est l’extension de moi-même. Un lieu à moi.

 

Cependant, hier soir, je n’étais plus chez moi.

Je n’ai pas tout de suite compris. Pourtant, je le savais.

Quelqu’un allait s’introduire dans mon appartement.

Paralysée dans le silence de ma chambre, j’en étais persuadée.

Ce n’était pas irrationnel.

C’était une certitude.

 

Et c’est au bruit de ma respiration que j’ai compris.

Cette peur c’est la mienne.

Et elle porte un nom.

Trouble de stress post-traumatique.

 

Le 21 janvier dernier cela faisait deux ans qu’un dimanche matin je me suis réveillée car je sentais que quelqu’un s’allongeait dans mon lit.

C’était mon voisin.

Un matin, bourré, drogué (probablement), il a décidé de me faire la peur de ma vie.

De me voler ma sécurité.

Ma tranquilité.

J’ai changé d’appartement.

Je n’ai plus recroisé cet individu.

Je qualifiais cette mésaventure d’incident.

Je la réduisais à l’anecdote.

J’en riais. Presque.

 

Sauf que hier soir, j’ai vérifié 6 fois que j’avais fermé ma porte à clé.

Je n’ai pas mis mon téléphone en mode avion.

J’ai fait des exercices de respiration car je me sentais stressée.

J’ai lu, posé mon livre après avoir lu la même phrase une dizaine de fois.

J’ai regardé Friends.

Pris mon chat dans les bras.

Mais ma respiration ne se calmait pas.

J’avais beau avoir trouvé le sommeil c’est comme si on ne savait plus communiquer.

Mes yeux sur la porte.

Mes oreilles qui déchiffrent le silence.

Les bruits de la rue au loin. En fond sonore.

Le vent. Mon frigo.

 

Mais personne qui ne rentre dans mon appartement.