Parce que nos guerres ont changé

Mince, je suis en retard. Je m’étais pourtant promis de te parler d’un livre tous les mois quoi qu’il arrive. Coûte que coûte !

On aura qu’à dire que celui dont je vais te parler aujourd’hui vaut pour le mois de novembre. Je tâcherai de t’en présenter un autre d’ici la fin du mois. Croix de bois, croix de fer, si je mens je vais…

Alors, qu’ai-je lu ?

Si je te dis Sophie-Marie Larrouy ?

Si je te dis L’art de la guerre ?

Si je te dis girouette ? Non pardon ça c’est autre chose.

Tu me demanderas qu’est-ce qui peut bien réunir cette auteure et ce livre ?

Eh bien, un autre livre justement, j’ai nommé « L’art de la guerre 2 ».

« 2500 ans après Sun Tzu, Sophie-Marie Larrouy écrit la suite du premier best-seller de l’histoire.

Parce que nos guerres ont changé.

Parce qu’on a plutôt en mémoire des galères de couples que des souvenirs de batailles en rase campagne.

Parce que l’odeur des sapinettes accrochées au rétro nous est plus familières que celle des bivouacs militaires.

Parce qu’il est beaucoup plus dur d’aimer les gens que d’être fâché tout le temps. »

Sophie-Marie Larrouy, SML pour les connaisseurs, se raconte. Elle parle de sa quête d’elle-même.

Elle vient du monde des sensibles. De cette sensibilité qui dégouline des mains, qui déborde et dont on ne sait que faire. Dans la moindre des décisions à prendre, on est happé. La sensibilité comme frein pour appartenir à l’autre monde, celui de l’autre côté de la tranchée. Celui des maisons de famille à l’île d’Yeu, des mains de pianiste et des cheveux propres.

Sophie-Marie Larrouy se raconte, depuis son enfance dans les Vosges à sa vie d’adulte à Paris. Sur le chemin, elle en a connu des déboires. Des histoires de cœur, d’amour-propre, de liens familiaux, de recherche de soi-même.

En se racontant, elle raconte l’histoire la plus universelle qui soit. Celle qui nous arrive à nous tous. À chaque chapitre, on retrouve un peu de soi-même. Entre les premiers jobs foireux, les plans cul, le spleen de l’adolescence qui déborde jusqu’à l’âge adulte car on a du mal à trouver sa voix. On ne nous apprend pas à s’écouter et à se faire confiance.

L’art de la guerre 2, c’est notre guerre à tous contre nous-même afin de nous aimer nous-même. C’est nous apprendre construire sa maison, pour reprendre une de ses expressions. Tu sais, cet endroit où tu es chez toi autant en dehors qu’en-dedans. Tu t’es fait des relations essentielles et tu as pardonner à tes parents et à toi-même. Tu embrasses ce spleen qui t’habite afin de t’accomplir.

Le petit bonus de ce livre, c’est Johnny. Concours de circonstance que l’actualité résonne si bien avec ce roman. En effet, on se rend compte de l’importance qu’a eu Johnny. Qu’on aime ou qu’on n’aime pas, on connait tous – on aime tous – au moins l’une de ses chansons. Il faisait partie du décor sonore.

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J’ai découvert Sophie-Marie Larrouy il y a de ça un peu près un an. Je t’en avais d’ailleurs parlé dans cet article puisque c’est elle qui coanime l’emifion (le podcast qui parle de sexe, de relations, et de sexe). En m’intéressant à elle, je me suis rendu compte que je la connaissais à travers Vaness’ La Bomba (vas-y clique, c’est tellement marrant).

Grâce au compte Instagram lartdelaguerre2, SML t’offre la possibilité de gagner un peu près l’équivalent de ton poids en livres. Et, très fréquemment, elle offre la version audio de son roman.

J’ai eu le plaisir d’en gagner un exemplaire et c’est génial. Il faut savoir que Sophie-Marie Larrouy est comédienne en plus d’être auteure et podcasteuse (ça se dit ?).

Je n’avais jamais écouté un livre. À part quand j’étais petite sur la route des vacances, je me rappelle être coincé à l’arrière de la Passat entre mon frère et ma sœur à écouter Vendredi ou la vie sauvage. C’est réellement une autre façon de découvrir le roman, par la voix de l’auteure, avec ses intonations et son émotion. C’est une très chouette expérience à faire quand tu es trop fatiguée pour lire ou que tu es debout dans le tram et que tu ne peux pas te tenir et lire en même temps.

Je te recommande très certainement la lecture ou l’écoute de ce livre !

L’audiolivre est disponible ici.

 

« Parce que leur histoire ne s’était pas achevée au bon endroit, au bon moment »

Vendredi soir dernier, j’ai dévoré un livre

Mes yeux parcouraient les pages, les mots, assoiffés

Plus les pages défilaient plus je devenais ivre

Prise par cette histoire impossible de m’arrêter

Je ne suis pas une pro de la poésie, loin de là, mes vers s’arrêteront là. Je laisse ce travail à Clémentine Beauvais qui y arrive à la perfection dans son dernier livre.

Vous l’aurez compris, j’ai dévoré « Songe à la douceur ». Déjà, parce que la forme me plaisait et m’intriguait : un livre entier écrit en vers libres. Et aussi, parce que l’histoire est belle. Heureusement, d’ailleurs, l’originalité ne fait pas tout.

La forme sert son contenu et le porte. Sa poésie est idéale car totalement accessible. C’est un véritable média pour se plonger dans les pensées des personnages. Le rythme, les rimes, le ton et sa musicalité sont autant d’éléments qui te transportent et te permettent de te jeter à cœurs perdus dans le texte.

Le travail de narration est impressionnant. Elle apporte de la profondeur et du sens à l’introspection dans l’intime des protagonistes. Tantôt, grâce à une note d’humour, tantôt en permettant de faire un arrêt sur image afin de comprendre l’histoire en général et, Eugène et Tatiana en particulier. C’est pour moi ce qui amène le plus de modernité au roman, qui est très actuel.

« Songe à la douceur » est inspiré d’ « Eugène Onéguine » de Pouchkine et de l’Opéra éponyme de Tchaikovsky. Mais, pas besoin d’être familier de ces deux œuvres pour saisir celle de Clémentine Beauvais. Il s’agit d’une histoire d’amour teintée d’hier et d’aujourd’hui. Deux anciennes connaissances se retrouvent 10 ans après, complétement par hasard. Et voilà que le jeu de séduction s’inverse.

Dans un chapitre, Eugène a 17 ans et Tatiana 14 alors que dans le suivant, nous sommes en 2016, 10 ans après. À l’époque, Tatiana vouait une passion adolescente pour l’ami de son voisin et expérimentait les émotions incontrôlables d’un amour naissant. Tandis qu’Eugène était un jeune homme un peu blasé, croyant avoir tout expérimenté et un peu imbu de lui-même.

10 ans après, la passion – l’obsession – s’inverse.

Les flashbacks sont utiles car ils permettent de mettre la lumière sur les parts d’ombre du passé afin d’éclairer le présent. Que s’est-il véritablement passé entre-eux ?

Les retours en arrière permettent également de faire un saut dans l’adolescence. Cette période un peu ingrate où toutes les émotions sont fulminantes. On est trop rêveur ou trop cynique, trop amoureux ou trop en conflit, trop timide ou trop extraverti, dans la confiance ou dans le doute permanent. Tout est trop ou pas assez.

C’est durant cette période que l’on écrit des lettres d’amour, qu’on passe sa nuit sur MSN à épier si l’Elu se connecte, à avoir des conversations vides de sens mais qui signifie l’univers pour nous. On est jeune et finalement, on ne connaît pas grand-chose. On tente des approches, on ose sans doute plus que maintenant.

10 ans plus tard, Eugène et Tatiana ont 10 ans de plus. Cette période de la vie où on ne sent plus des enfants et pas encore adulte. Pris entre les souvenirs de nos vieux rêves et les quelques désillusions qui se sont déjà écrasées sur notre chemin. C’est l’âge où on doit faire preuve de responsabilités sans pourtant comprendre comment on en est arrivé là. On cherche l’amour pour faire comme les autres mais, le voulons-nous vraiment ? On se pose toujours autant de questions mais, on a compris que nous seul pouvons décider pour nous même. On est partagé entre cette naïveté, naufrage de notre adolescence, et la dure réalité de la vie. Celle qui impose de faire des choix, de prendre des décisions.

Clémentine Beauvais parvient avec délicatesse et bienveillance à mettre en lumière deux âges particuliers dans le parcours d’un jeune homme et d’une jeune femme.

L’histoire d’amour est réaliste tout en restant romantique. On s’y retrouve et on arrive à rêver un peu. On s’identifie aux personnages et aux troubles de leur adolescence. À leurs questionnements actuels et passés.

En plus d’être bien écrit, le livre est bien construit. Il se lit – se dévore – rapidement. On est plongé dans cette histoire comme dans un bon film qu’on regarderait un dimanche soir d’hiver blotti sous sa couette. Notre lit devient un sanctuaire, gardien du rêve, de l’amour d’Eugène et de Tatiana. Il devient le témoin d’un âge que les moins de trente ans se rappelle comme hier. Je vous mets au défi de le poser avant sa dernière page pour rejoindre Morphée.

Personnellement, je l’ai lu entre Paris et le Havre. J’avais un weekend familial organisé et je devais y aller en train. 4h de trajet pour faire Bruxelles – Paris, changer de gare, et monter dans un deuxième train pour rejoindre le Havre. Ce dernier était un Intercité qui s’arrête dans des gares dont les villes paraissent seulement exister dans un téléfilm français. Pourtant, le trajet n’a duré que 30 minutes. 2 minutes pour lire le roman et 28 pour me rendre compte que je n’étais pas encore arrivée à bon port… une fois la dernière page tournée, j’avais envie de le recommencer.

 

 

 

« Je m’étais dit qu’ils étaient morts en riant »

Comme je suis une meuf rationnelle, je vous présente les deux livres parfaits pour se détendre au bord d’une piscine le 1er septembre, quand les vacances sont finies.

En réalité, c’est un concours de circonstances. Et puis, parmi vous, il y en a peut-être qui aiment partir quand les gens rentrent de congé ? Ou vous êtes étudiant et vous vous accordez une semaine de vacances avant votre rentrée ? Ou alors, vous savez très bien lire un bouquin idéal pour les vacances, chez vous ou dans les transports pour aller au boulot ?

Bref, qui que vous soyez, il est possible que vous appréciez la lecture de ces deux romans.

Il s’agit de « Les gens heureux lisent et boivent du café » et « La vie est facile, ne t’inquiète pas » de Agnès Martin – Lugand.

C’est le genre de bouquin qu’on trouve dans une gare ou un supermarché. Ce n’est pas de la grande littérature et pourtant, ça fait du bien. La simplicité de l’écriture apportant une justesse à l’émotion et au ton.

Diane est une jeune femme d’une trentaine d’années qui se maintient en vie, tant qu’elle peut, après le décès de son mari et de leur fille. Colin et Clara. Les deux amours de sa vie.

Ça parle de deuil, de résilience, de famille, celle qu’on se choisit, de l’Irlande, de bonheur perdu et retrouvé, d’accomplissement de soi, de réveil douloureux agrémentés de café et de cigarettes, d’amitié, d’amour, de rencontres, d’au-revoir, de cœurs brisés, de reconstruction, et de renouveau. La vie quoi !

Comme je vous le disais, malgré l’écriture sans grande prétention on est plongé dans l’histoire, dans cette lutte intérieure pour rester en vie et se reconstruire. La simplicité n’enlève rien à la justesse et sublime l’émotion.

On sourit, on pleure, on voyage et on termine le deuxième roman (qui est la suite) le cœur plus léger.

Ces livres font du bien car, une fois n’est pas coutume, on apprend qu’on se remet. On se remet de tout. On a tous la capacité de surmonter les épreuves. C’est en nous. Ça prend le temps que ça prend mais, on survit. Et, parfois, on y reprend goût.

Si comme moi, la rentrée scolaire rend votre trajet en tram ou en métro très inconfortable, je vous recommande le livre afin de vous couper du monde, de suspendre le temps, juste le temps d’un trajet.

« L’aboutissement d’un deuil normal n’est en aucune façon l’oubli du disparu, mais l’aptitude à le situer à sa juste place dans une histoire achevée, l’aptitude à réinvestir pleinement les activités vivantes, les projets et les désirs qui donnent de la valeur à l’existence ».
Monique Bydlowsky, Je rêve un enfant.

Quand il n’y a pas de mots, il reste le silence

Posé sur le présentoir, je ne me souviens pas pourquoi je l’ai choisi.

Est-ce l’œil de la couverture qui m’a intriguée ?

Ou le résumé au dos ?

Mathieu Menegaux, jamais entendu parler. Normal, c’est son premier roman.

Mais, Mathieu Menegaux, de toi je me souviendrai.

« Je me suis tue » c’est l’histoire d’un cri. Comme une angoisse. Long et aigu.

Un cri d’une personne en souffrance.

« Je me suis tue » c’est la gifle.

Celle que tu vois arriver mais que tu ne peux éviter.

Claire, c’est toi, c’est moi. C’est une femme qui vit sa vie banale entre son travail, son mari et ses blessures.

C’est une femme partagée entre la certitude d’être là où elle devrait être et la déception de ne plus se surprendre.

Entre non-dits et rancœurs, elle décide de rentrer seule.

Confiante, Claire c’est le genre de femme qui a conquis la ville. Elle n’en a plus peur, quel que soit son état. C’est la femme de 2017, sûre d’elle car la vie lui sourit. La rue, elle la maîtrise. Jusqu’au tunnel.

La rue, elle la maîtrisait.

De femme battante, elle devient victime. Pour terminer criminelle.

Mathieu Menegaux est Claire et on oublie qu’il est un homme. Il respecte son héroïne, ses émotions, son ressenti, ses actes.

« Je me suis tue » m’a laissée sans voix. Oui, je me permets le mauvais jeu de mots.

Je l’ai achevé ce matin en arrivant au boulot à 7h32. À 7h40, je lisais mes mails.

8 minutes.

Il m’a fallu 8 minutes d’agonie pour sortir de mon émotion.

8 minutes pour me rappeler que je suis Annick, également une femme de 2017.

La rue, je pense la maîtriser aussi. Quel que soit son état.

Ce qui est arrivé à Claire ne m’arrivera pas. Il faut s’en convaincre, ne pas douter.

Son récit n’est pas le mien. Avant de me rappeler qu’ à quelques nuances près, il est celui de tant d’autres.

Alors,

Je me suis tue et mise au boulot.

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Je me suis tue de Mathieu MENEGAUX aux éditions Points, 2017

Une lanterne dans la nuit

Je sais, je vous dois des excuses. En ouvrant cette rubrique, je vous avais promis une critique littéraire par mois et j’ai un paquet de mois de retard. Mais, on ne va pas compter…

Du coup, ce mois-ci je vous retrouve avec, non pas un mais, deux coups de cœur. Ces deux livres écrits par Saphia Azzeddine m’ont bouleversé. Le premier, Bilqiss, je l’avais dans ma bibliothèque depuis moins d’un an et il m’attendait avec son post-it à lire. Le second, Confidences à Allah, je l’ai acheté en réaction à mon amour pour le premier.

Je vais commencer par vous pitcher le premier. Bilqiss raconte l’histoire d’une femme musulmane indocile, Bilqiss, condamnée à la lapidation dans un pays où la charia est appliquée. Son crime : avoir fait l’appel à la prière. Le juge, en charge du procès, tombe amoureux et une journaliste américaine, Leandra, fait le déplacement pour assister au procès et rencontrer son idole « à la beauté tragique et au regard puissant ». Les trois personnages ne parlent pas le même langage. Et chacun se renforce dans son discours.

Et c’est grâce à ce trialogue que nous nous posons des questions et nous interrogeons sur nos propres choix. Saphia Azzeddine réussit, à travers le prisme de la femme musulmane opprimée, à nous renvoyer à nos propres conflits intérieurs.

« Ah, vous les aimez, les femmes musulmanes opprimées, hein, vous raffolez de cette espèce. Et plus, la persécution est barbare, plus grande est l’affection. Vous bondissez pour nous défendre, élevez la voix pour nous soutenir, tout cela sobrement, avec des mines appropriées, pas trop maquillées, à peine coiffées, comme sur la photo que vous étiez si fière de me montrer la dernière fois, entourée de vos copines très concernées le temps d’un cliché, muettes parce qu’il n’y a tellement rien à dire face à l’horreur, à l’injustice et à la barbarie. »

À chacun de se positionner et de se demander à qui il ressemble le plus.

Sommes-nous le juge ? Cet homme de conviction que rien ne bouleverse et que tout renforce. Sauf l’amour, peut-être… Sommes-nous Leandra ? Une JAP (Jewish American Princess) qui s’indigne face à l’injustice. Mais son combat a autant de force que de condescendance et ne dure, souvent, pas plus longtemps que l’émotion. Ou, sommes-nous Bilqiss ? Une femme. Musulmane et opprimée. Dans un pays où nous n’avons pas le droit croire comme on veut et faisons de notre conviction notre combat. Elle cherche à se réapproprier Allah, son Allah.

Je ne m’étendrai pas longtemps sur à qui je ressemble et pourquoi. Je pense que cela est évident. Et ce n’est pas l’important. Non. Saphia nous invite à se poser les bonnes questions et à dépasser cette position un peu stéréotypée. Elle a choisi d’écrire son livre comme un conte. Elle se permet, ainsi, de grossir les traits sans pour autant tomber dans la caricature. Son histoire est crédible tout en ne l’étant pas. Ainsi, libre à chacun de tirer la sonnette d’alarme ou non. Libre à chacun de se poser des questions ou non, et de se laisser porter par son écriture et l’histoire romanesque. La nuance, c’est le lecteur qui l’apporte car, à notre niveau, on est tous un peu le juge, Leandra et Bilqiss à la fois…

« Vouloir m’aider était une noble pensée, Leandra. Pourtant ici les nobles pensées sont de belles salopes qui allument mais n’embrassent pas. »

Mon deuxième coup de cœur est en réaction au premier. J’ai tellement adoré la plume de Saphia Azzeddine que j’ai eu envie de lire l’entièreté de sa bibliographie. Je me suis retenue car je suis en blocus (donc, ne t’inquiète pas maman) mais j’ai tout de même jeté mon dévolu sur Confidences à Allah, le premier roman de Saphia Azzeddine. Et que vous dire ?

Déjà, je l’ai dévoré en une soirée. Signe de qualité d’écriture. Et aussi parce qu’il est petit, 126 pages.

Ce roman raconte le monologue de Jbara à Allah. Jbara est une petite bergère qui vit dans la pauvreté dans les montagnes marocaines et qui se prostitue pour des yaourts. Mais pas n’importe lesquels. Non, les « Raïbi Jamila, un délicieux yaourt à la grenadine qu’on boit par en dessous en faisant un petit trou. » A son Dieu, elle a décidé de s’y adresser crûment, sans langue de bois. Elle a surtout choisi de l’aimer sans le glorifier. L’honorer en recherchant à sortir de sa situation car, « une quête de savoir vaut une vie entière de prières ». Et ça, Jbara en a fait son combat.

« Allah, je refuse que Tu sois un Dieu bouche-trou, que Tu sois la réponse à toutes mes questions et spécialement la réponse à mes ignorances. Sinon, ça fait de moi une conne. Et je ne suis pas conne. Sauf des fois, c’est vrai… »

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J’ai, évidemment, conscience que si j’ai aimé particulièrement ces deux livres c’est qu’ils font tristement écho à l’actualité et à la médiocrité de 2016.

Mais je me dis, pourquoi ne pas accueillir 2017 en allumant nos lanternes pour nous éclairer un peu ? Pourquoi ne pas entreprendre le chemin et essayer d’être moins cons et moins donneurs de leçons ?

La tolérance, la vraie, c’est accepter. Accepter l’autre dans sa totalité et sa complexité. Accepter, alors, de ne pas pouvoir tout comprendre.

Pour 2017, lisons plus de livres dans ce genre-là. Permettons-nous de croire encore que le monde est beau et que les humains qui l’habitent aussi. Pour cela, ouvrons nos yeux et nos cerveaux. Ou plutôt, utilisons-les.

Americanah

En Amérique, le racisme existe mais les racistes ont disparu. Les racistes appartiennent au passé.


Si vous ne deviez lire qu’un roman cet été, sans aucun doute je vous dirais de lire Americanah de Chimamanda Ngozi Adichie. Il fait un peu moins de 700 pages, donc il vous prendra du temps.

Pour ma part, je l’ai dévoré en une semaine de vacances.

On suit la vie d’Ifemelu et d’Obinze, leurs histoires personnelles respectives et leur histoire d’amour qui traverse trois continents. Ils ont grandi au Nigeria entre la classe moyenne et les privilégiés. Suite à des grèves à répétitions qui touchent les universités, Ifemelu obtient son visa pour les États-Unis d’Amérique. Elle est acceptée à l’université de Philadelphie. Entre choc culturel et adaptation, elle découvre l’existence de sa couleur. Sa différence et l’enjeu qu’elle représente. Les difficultés qu’elle apporte et sa position sociale.

Ce livre permet de se rendre compte de l’enjeu que représente la race, de sa position de blanc dans un pays occidental et de vouloir la remettre en perspective.

Le racisme ordinaire existe et est-ce que j’y participe ? De manière inconsciente et presque innocente, sans faire de vague. Non, je ne suis pas raciste. Mais je vis dans un monde qui l’est. Sans en donner l’intention. Sans se faire remarquer. À peine perceptible, la différence de race existe toujours et fait intrinsèquement partie de la norme. Et c’est là que c’est dangereux car fourbe.

Aux Etats-Unis, on apprend que peu importe son importance ethnique, si on n’est pas blanc, rien n’est « pire » que d’être noir. Et là encore, on distingue noir afro-américain et non-américain. Dans une université, les professeurs demandent de ne pas utiliser le terme « nègre » dans les commentaires à propos d’un film qui traite de l’esclavage. Comme si, ne pas dire le mot enlevait toute la signification. Tout est une question de contexte et non de syntaxe.

Ce livre permet de conscientiser cela, de se poser les bonnes questions et d’avoir envie d’y être attentif pour ne pas participer à ce jeu « inoffensif ». Pour qui ? Pour moi, pas pour l’autre, encore et toujours victime de cette différence. Moi, quoiqu’il arrive j’aurai toujours les bonnes cartes pour tirer mon épingle du jeu et justifier que je ne suis absolument pas raciste, sans avoir besoin à utiliser l’argument « ma colocataire est noire, je ne peux pas être raciste ».

Alors je dis stop. Je ne sais pas si je fais partie de ces gens qui sans en avoir l’air participe à perpétuer ce racisme perfide. Mais je décide que je ne veux pas. Et, je compte bien y faire attention.

C’est à ça qu’on reconnaît les grands livres. Tout en lisant un roman au bord d’une piscine, l’air de rien, j’ai appris une des plus belles leçons de vie: la tolérance. La vraie, celle inébranlable. Celle que rien ne vient perturber. Celle qui ne voit que l’être humain.

La folie a un nom, elle s’appelle Mr Bojangles

Comment une famille se construit face à la folie ?

[Pour lire cet article en musique: Nina Simone – Mr Bojangles]

Le premier roman d’Olivier Bourdeaut raconte une histoire d’amour, une histoire de famille. C’est à travers les yeux d’un fils que l’on assiste l’excentricité de leur quotidien. Ces moments sont entrecoupés par des extraits écrits de la main du papa. Il y a donc, une dualité entre le regard un peu naïf d’un enfant et la dure réalité des événements que nous évoque le père.

En attendant Bojangles est une histoire vraie, « Ceci est mon histoire vraie, avec des mensonges à l’endroit, à l’envers, parce que la vie c’est souvent comme ça ».

Au début de l’histoire, la folie, amenée par la maman, est mignonne, excentrique et constructive. Elle leur permet une routine. Évidemment, pas au même titre que nous l’entendons mais, il y a bel et bien une routine. C’est le papa qui tous les matins nomme sa femme différemment selon son humeur (on ne connaîtra jamais son vrai prénom), c’est « Mr Bojangles » de Nina Simone en boucle sur le tourne-disque, c’est les dîners mondains, alcoolisés, tous les soirs de la semaine, c’est le château en Espagne pour les vacances, c’est l’oiseau exotique, Melle Superfétatoire, qui vole librement dans l’appartement, c’est le fils qu’on retire de l’école car elle ne correspond pas à leur valeur,…

La folie apporte un équilibre tant qu’elle est canalisée. Mais, cette stabilité est rompue le jour où le fisc vient sonner à la porte leur annonçant qu’il est temps de rembourser les impôts qu’ils n’ont jamais payés pendant de nombreuses années. À la réaction de la maman, on comprend que la somme est impayable. À partir de ce moment-là, la folie devient bouleversante et ingérable parce qu’inattendue. L’excentricité n’est plus mignonne et sympathique comme au début, elle est inquiétante. « Le problème avec le nouvel état de Maman, c’est qu’il n’avait pas d’agenda, pas d’heures fixes, il ne prenait pas rendez-vous, il débarquait comme ça, comme un goujat. Il attendait patiemment qu’on ait oublié, repris notre vie d’avant, et se présentait sans frapper, sans sonner, le matin, le soir, pendant le dîner, après une douche, au milieu d’une promenade. Dans ce cas-là, nous ne savions, nous ne savions jamais quoi faire et comment le faire, pourtant, pourtant, au bout d’un moment, nous aurions dû avoir l’habitude. Après les accidents, il y a des manuels qui expliquent les premiers soins, ceux qui sauvent, mais là, il n’existait rien. On ne s’habitue jamais aux choses comme ça. Alors à chaque fois, avec Papa, nous nous regardions comme si c’était la première fois. Dans les premières secondes en tout cas, après on se souvenait et nous regardions autour de nous pour voir d’où pouvait bien venir cette nouvelle rechute. Elle ne venait de nulle part et c’était bien ça le problème.

Après, les évènements vont s’accélérer et amener la maman à l’hôpital. Et là, on se rend compte à quel point la maman était l’âme de la famille, la cohésion venait d’elle. Comment une famille continue à se construire sans cette étincelle, cette folie douce et fondatrice ?

Je ne vais pas vous raconter la fin de l’histoire car, le but de cette rubrique est de vous donner envie de lire. Je peux, quand même, vous dire que j’ai adoré ce livre. Pourtant, si je suis honnête avec vous (et je le suis), je pense que si je l’avais trouvé dans une librairie je ne l’aurai peut-être pas acheté. La quatrième de couverture ne me faisait pas spécialement envie. Mais, comme je l’ai reçu et que je l’avais dans ma bibliothèque, je me suis dit pourquoi pas.

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Je ne suis pas déçue. Je peux, sans exagération, vous dire que ça faisait longtemps que je n’avais pas accroché à un livre à ce point. Je l’ai lu en trois soirées tellement je ne voulais pas le lâcher. C’est le roman que j’attendais, celui qui me rappelle qu’aucune autre forme d’expression artistique ne me procure une telle émotion.

En attendant Bojangles, raconte la vie. Effectivement, entrecoupée de mensonges et de vérités car la mémoire est construise comme cela. Car l’amour est fait de ça aussi, pour se protéger et surtout, protéger l’autre. Olivier Bourdeaut a rendu hommage à ses parents, à leur histoire d’amour dont il est un dommage collatéral.

« Durant tout le temps qu’elle passa dans la boutique, mon père lui répondit avec retard, en chuchotant, les yeux voilés :

– Je sais bien que vous m’aimez, mais que vais-je faire de cet amour fou ? Que vais-je faire de cet amour fou ?

Puis, lorsque Maman sortit de la boutique en souriant vers nous comme si elle avait entendu, un plateau d’huîtres dans un bras et deux bouteilles coincées sur ses seins dans l’autre, il soupira :

– Quelle merveille… Je ne peux pas m’en priver… Certainement pas… Cette folie m’appartient aussi. »

Et vous, vous l’avez lu ? Qu’en avez-vous pensé ?

Un mois, un livre.

C’est avec beaucoup d’humilité, un soupçon d’appréhension et beaucoup d’excitation que j’ouvre cette nouvelle rubrique. J’aime lire depuis toujours. Ça fait un peu niais comme expression  mais, c’est exactement ça. Petite, les histoires du soir me fascinaient. Je me souviens que j’aimais avoir la place juste à côté de maman (j’ai une sœur et un frère et ma maman n’a que deux côtés) pour pouvoir voir les mots défiler sur les pages. J’aimais les dessins, les couleurs et j’aimais voir ces lettres qui chantaient dans la bouche de maman. J’aimais l’entendre les lire et me rendre compte que ces petits mots mis les uns après les autres permettaient de constituer des phrases qui formaient des histoires.

Apprendre à lire a été décisif, je pouvais lire mes propres histoires et en raconter à mon tour. Déchiffrer un mot, avant de m’intéresser au sens, j’aimais leur son, découper les syllabes et les articuler correctement. Comme une chanson en moi. Au début, je les gardais pour moi, car comme la nature est vache, parfois, je parlais du nez. Quelle horreur ! Moi qui aimais tant les mots, je n’arrivais pas à les prononcer. Quelques cours de logopédie et j’ai enfin pu les formuler. Et là, c’est le monde du sens qui s’ouvrait à moi. Ces mots, bien que doux à mon oreille, m’offraient une infinité de possibilités, comme un goût de liberté. Avant même de savoir écrire et de ressentir le besoin de mettre des mots sur mes propres maux, ce sont les m(aux)ots des autres que j’aimais. Leurs histoires nourrissaient mon imaginaire et me permettaient de voler. À travers les pays, les cultures, les époques et les âges. Je pouvais être un garçon, une fille, un adulte et même un méchant. La limite étant l’imaginaire d’autrui, je pouvais être n’importe qui.

Evidemment, les goûts littéraires se construisent et évoluent. Même si ma sensation de liberté m’accompagne toujours autant, je m’abandonne moins quand je lis. Mes valeurs, mes sensibilités construisent mes choix. Les livres me bouleversent, me questionnent, m’émeuvent et me dérangent, parfois. Je lis moins avec mon esprit et plus avec mes tripes. Quand j’aime un livre, c’est d’amour, quand je le déteste, c’est de haine. Ils peuvent provoquer le débat en moi comme aucune autre forme d’expression artistique. Et pourtant, je crois que je les aime toutes. 

Depuis plus de deux ans maintenant, je participe à un club de lecture. Tour à tour, nous présentons un coup de cœur et nous partageons une lecture commune. Chacun exprime son amour pour un livre, le plaisir de l’écriture, la concordance avec l’histoire personnelle de l’auteur, le récit, le voyage, les faits historiques sont autant de raisons invoquées. Parfois, ces plaisirs sont partagés, et parfois pas mais, toujours il y a débat. Et qu’est-ce que j’aime ça.

C’est ce que j’ai envie de faire sur ce blog. Un livre par mois, pour m’efforcer à continuer à lire et pour transmettre mes coups de cœurs avec vous.

Si vous avez lu les livres que je partagerai, n’hésitez pas à me donner votre avis, ou à m’en conseiller du même auteur ou dans la même veine. Je ne vous garantis pas être à la pointe des sorties littéraires, mais j’essayerai de me diversifier !

Je vous laisse afin de préparer mon premier article de la rubrique, « En attandant Bojangles » d’Olivier Bourdeaut.

Lisez, mes amis.

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