Call me Elio et Oliver

En 2018 j’ai rencontré Elio et Oliver, j’ai découvert Call me by your name de Luca Guadagnino, l’adaptation cinématographique du livre éponyme d’André Aciman.

Une des nombreuses affiches du film, trouvée sur Google Image

Ce film a eu sur moi un impact tel qu’il m’a fallu plus d’un an pour réussir à poser cela sur papier. C’est le genre d’histoire qui te prend aux tripes tant par la beauté pure de ce qu’elle raconte, l’amour, que par le message qu’elle véhicule, vivons et ressentons.

Le plus objectivement possible, le film est magnifique tant par la lumière et la musique que par le jeu des acteurs, Timothée Chalamet et Armie Hammer, pour ne citer que les principaux. L’adaptation de Guadagnino est fidèle au roman, on retrouve dans le scénario des passages presqu’identiques.

Elio est un jeune garçon d’environs 18 ans, polyglotte, très cultivé, issu d’un milieu aisé, il lit beaucoup, joue et écrit de la musique. Tous les étés, son père, un professeur d’université aux Etats-Unis, invite dans la maison familiale, dans le Nord de l’Italie, un de ses étudiants à venir terminer d’écrire sa thèse. Cet été, il s’agit d’Oliver, un jeune homme sûr de lui, qui a l’arrogance de l’expérience, également très cultivé et qui semble très américain en comparaison aux personnes qui l’entourent.

Il ne laisse pas Elio indifférent et le sentiment est mutuel.

À partir de ce moment, on se laisse transporter au bruit des cigales par le début d’une histoire d’amour, les tentatives de séduction et les gestes maladroits. On est plongé dans un été en Italie, dans un ruisseau glacé par l’eau de la montagne, on est transporté par une mélodie jouée au piano, on danse de manière effrénée sur un dance-floor, on pleure, on rit, on sourit, on mange de la glace en saignant du nez, on a envie de dire « Later » pour ne plus dire au-revoir ou à tantôt, on est en maillot de bain au bord d’une piscine, on parle italien, français et anglais, on invite des amis tous les jours et à chaque repas, on boit, parfois trop, on rigole, souvent, on débat, on vit nos premiers ébats, notre première histoire d’amour.

Sauf que ce n’est pas la nôtre, c’est celle d’Elio et Oliver. Celle de deux jeunes hommes, celle où avoir de l’expérience ne signifie pas d’avoir le courage de faire le premier pas. C’est si particulier que ça la rend si universelle.

Leur amour donne envie d’aimer, de prendre un vélo et de parcourir une quinzaine de kilomètres juste parce qu’on avait envie de voir l’être aimé.

On prend conscience que même si cela fait mal et ça fera mal de toute façon, au moins on aura ressenti, on se sera autorisé à ressentir quelque chose car c’est cela être vivant. C’est se laisser ressentir tout ce qu’on a à vivre, à expérimenter, à aimer, à pleurer, à souffrir pour ne pas regretter.

Aimer c’est oser, c’est marcher sur le trottoir en sachant qu’on risque de se prendre une dalle surprise ou de marcher dans une crotte de chien mais d’y aller quand même. Même si ça fait mal, surtout si ça fait mal. Parce que si on avait renoncer par peur de s’amocher, on serait passer à côté d’une jolie promenade, d’une jolie histoire.

Cette histoire émeut, elle rappelle que l’amour est beau, surprenant, étourdissant, renversant, qu’il peut rendre malade, triste et décevoir. Mais que n’importe quel sentiment vaut mieux que pas de sentiment du tout. Car « ne rien ressentir pour ne rien ressentir – quel gâchis ! ».