Journal d’une confinée – Jour 33

19 avril 2020.


Lors d’une nuit d’été un peu fraîche du mois de juillet 1989, j’ai gagné la plus importante des courses de ma vie. La seule.

Moi qui ne deviendrai pas une grande sportive, l’histoire le démontrera, j’ai réussi à être la première cette nuit-là.

Et 9 mois plus tard, tu me tenais dans tes bras. Je m’agrippais à ton sein, à toi. Pas besoin de mots, le langage du corps suffit parfois pour comprendre des vérités.

Et 9 mois plus tard, je comprenais dès la première seconde que j’étais née au bon endroit.

J’étais née de toi.

Toi qui a fait de moi ce que je suis. Ma peau première carapace, mes yeux bruns regard réfléchi sur le monde, le goût de la frange pour masquer un petit front, les petits ongles dont on ne voit pas lunule ou les hanches généreuses d’amour à partager.

Tu m’as construite, permise, instruite, aidée, éduquée, grondée, libérée, fortifiée, apaisée, soutenue, confortée, entendue, émue, mise en colère parfois aussi. Et puis tu m’as aimée. Surtout.

Tu as été là.

Toujours.

C’est simple, un jour tu m’as appris à rouler à vélo sans les petites roues. Tu tenais l’arrière et courrait à côté de moi en me promettant que tu ne me lâcherais pas. Et tu m’as lâchée.

Je suis tombée.

On a recommencé. Tu as promis. Tu m’as lâché. Je suis tombée. Mais tu avais tenu ta promesse.

Même si j’ai fini par rouler seule.

Même si j’ai senti que tu ne courais plus à côté de moi.

Même si un regard par dessus l’épaule me confirmait que tu avais lâché le vélo.

Tu ne m’avais pas lâché, moi. Jamais.

Tu m’as aidé à me relever, frotté mes mains, donné des conseils. Et tu m’as dit que j’allais y arriver. Que le secret c’était de croire en moi.

Moi c’était en toi que je croyais. Et si tu pensais que je pouvais le faire, je le pouvais.

Et tu n’as pas idée combien de fois cette leçon m’a servi.

Car tu le sais, j’ai arrêté le vélo. Et je n’ai plus jamais gagné aucune course.

Mais tu n’as jamais cessé de croire en moi.

Tu es les petites roues de mon vélo que j’ai choisi de ne jamais retirer. Sans elles, je tombe. Sans elles, je ne me relève pas.

Avec elles, je garde les yeux sur l’objectif, assurée de mon équilibre. Avec elles, je suis animée de cette force qui me pousse à agir car, pourquoi pas moi.

Avec toi, je crois en moi.

Je t’aime maman. Joyeux anniversaire.

***

Ah oui, j’oubliais, merci.

Journal d’une confinée – Jour 27

13 avril 2020.


La photo quotidienne en période de confinement sur le compte Instagram d’Audrey Pirault prise par son ami voisin. Les falafels maison. Voir pousser ses plantes.


Il y a des jours où ça va.
Et puis, il y a des jours où tu réalises que dans une semaine tu auras 30 ans.
J’en rigolais jusqu’ici.
Aujourd’hui, très peu.
Je n’aimais déjà pas l’idée de passer ce cap-là.
Mais, en confinement encore moins.

Il y a des jours où au réveil tu enchaînes 30 minutes d’exercices sportifs.
Et des jours où tu craques ton pyjama en faisant un squat.

Il y a des jours où tu prends conscience des bruits qui t’entourent.
Cela te rassure d’entendre cette vie loin de toi, ce rire d’enfant, ce cri d’un passant, ce skateboard et ce tram au loin.
La vie continue, malgré tout.
Et puis, il y a des jours où tu n’entends rien d’autre que le vent.
Celui qui vient du nord-est.
Celui que tu n’aimes pas.
Celui qui fait du bruit.
Celui qui t’angoisse.

Il y a des jours où tout va bien.
Tu n’as, d’ailleurs, pas besoin d’écrire pour calmer tes maux.
Et des jours où c’est le coeur lourd de peine, les yeux au bord des larmes et les mots au bout des doigts que tu écris pour donner un sens à ton angoisse.
Essayer de donner un sens.
Se connecter à son émotion, à sa temporalité.
S’autoriser à relativiser.
Mettre les mots bout à bout, les lier ensemble pour qu’ils n’expriment que les maux d’un instant.
D’une journée.

Car tu le sais.
Demain sera différent.
Les jours s’enchaînent et se ressemblent.
Sauf toi.
Sauf ce que tu ressens.
Demain, voire même dans une heure, tu auras le coeur plus léger.
C’est l’énergie qui reviendra.
Tu positiveras.

Mais, pas maintenant.

Tu as le droit.

Journal d’une confinée – Jour 19

5 avril 2020.


How To Get Away With Murder de Peter Nowalk. L’huile essentielle de pamplemousse. Le café glacé.


Ok, Confinement. Je suis prête.

Je suis prête que l’on se quitte.

L’ennui a fait des petits et je n’ai plus envie de cuisiner.

Tu as épuisé toutes tes cartouches.

J’ai brodé, commencé trop de bouquins que je n’ai pas eu l’énergie ou l’envie de terminer, cuisiné des recettes d’un autre monde, fait du sport sur ma terrasse car au bout du 15ème jour on s’en fout un peu de ce que les gens peuvent penser.

J’ai étudié mes voisins. Un peu trop. Je connais leurs habitudes, je sais que dans ce couple c’est le mec qui cuisine et la meuf qui pend la lessive, que cette maman seule met toujours un tabouret à la fenêtre pour que son fils puisse applaudir, que soit le salon en face de chez moi est un endroit partagé, soit le locataire à 4 petites amies différentes.

J’ai recommencé Friends pour la 26ème fois (de ma vie, pas du confinement), essayé des puzzles, entreprit des leçons de néerlandais, voulu postuler à des offres d’emplois qui n’existent pas.

J’ai contemplé le plafond de mon salon, de ma chambre et de ma salle de bain. Je me suis essayée au dessin avant de me rappeler que j’avais des limites. Du coup, j’ai tracé des lignes.

J’ai fait des gratins, des gateaux, des biscuits, des salades, des quiches, des galettes, des porridges, des petits plats et des boissons diverses et variées pour enjoliver mes journées.

J’ai participé à des appels vidéo via WhatsApp, Zoom, Skype, Messenger, Hangout, FaceTime et Whereby. J’ai joué en ligne au Pictionary et tenté un loup-garou.

J’ai écrit. Ce qui m’a fait du bien et m’a parfois fait pleuré.

J’ai fait des listes, tant de choses à faire pour prétendre une certaine productivité que d’envie pour l’après.

Je me suis lancée des défis aussi utiles que quelques minutes de sport par jour qu’inutiles tels que de laisser un peu de vaisselles sales s’empiler afin de me prouver que je ne suis pas une maniaque obsessionnelle.

J’ai autant échoué que réussi.

J’ai gommé, épilé, rasé, masqué, crèmé, coiffé, coupé, manucuré, limé, tressé, monté en chignon, lissé, crollé, ondulé, maquillé, démaquillé, nettoyé, purifié, matifié, teinté et rouge à levré.

J’ai fait le ménage, aspiré, récuré, passé à l’eau, frotté, séché, lancé des machines de linges et de vaisselles, lavé des vitres, dépoussiéré, mis du produit, laissé agir et rincé.

J’ai entreprit et abandonné aussi. J’ai essayé d’être productive et culpabilisé quand je ne l’étais pas. J’ai été bienveillante avec moi-même et ai tenté de m’écouter.

Et je me suis ennuyé.

Alors maintenant c’est bon. Confinement, j’ai donné. Tu peux arrêter de squatter mon canapé.

Merci d’être passé.

Journal d’une confinée – Jour 18

4 avril 2020.


Cher Journal,

Aujourd’hui je n’ai que la colère pour sécher les larmes de l’injustice.

Nous sommes en avril 2020, tous en train de gérer, comme on peut, les effets du confinement sur notre santé mentale et voilà que je signe une pétition pour empêcher des tests de vaccins contre le Covid19 sur la population en Afrique.

Oui vous avez bien lu.

Alors aussi dingue que cela puisse paraître, aussi abject que cette idée vous évoque je vous glisse le lien de la pétition. Signez-la. Partagez-la.

Et après on peut tous relire la lettre d’Annie Ernaux à Emmanuel Macron lui rappelant que le peuple se met en confinement mais que cela ne nous empêchera de préparer l’après.

Aujourd’hui, je ne rêve pas d’un verre en terrasse avec mes essentielles d’amies, ni de serrer mes nièces contre moi. Aujourd’hui, je rêve que ce confinement se finisse pour qu’on organise la manif du siècle. Celle qui amènera le gouvernement à démissionner, celle qui finira en bain de sang car rien (personne, aucun policier) ne sera assez fort que pour faire revenir le calme. Je rêve de crier ma colère et qu’elle rime avec celle des autres. Je rêve que les personnes qui ont sincèrement penser pouvoir tester ces vaccins sur une population choisie dans le plus grand des calmes soient condamnés à devoir se porter volontaire pour être cobaye de ce même vaccin.

Il ne manquerait plus qu’en cette période étrange un pauvre connard de boxeur ait fait une vidéo tutoriel sur comment bien frapper sa femme…

Merde. Putain.

Journal d’une confinée – Jour 14

31 mars 2020.


Les puzzles.


Il fait un peu froid. J’enfile un pull et referme doucement la porte derrière moi. Ce matin j’ai décidé d’aller prendre mon petit déjeuner à La Cuisine, mon café saint-gillois habituel. Ziggy, le tenancier, me fait un signe de tête quand j’arrive. Il me laisse appuyer sur le bouton de la cafetière car il sait que j’aime bien faire ça et m’invite à m’asseoir au soleil. Mais je préfère attendre près de la machine, je lui explique que j’irai m’asseoir quand mon café sera prêt. Comme ça il peut s’occuper des autres clients.

Je dépose quelques pièces, à peine 2 croquettes 50 et vais m’asseoir à la seule table au soleil. Je crois que Ziggy me drague un peu en ce moment. Il ne veut s’occuper que de moi et vient tout le temps me parler. Je suis polie mais j’ai mes limites. Je lui explique que je ne suis pas intéressée et que frotter ma jambe n’est pas un signe d’affection mais que c’est du harcèlement.

Je pense qu’il a compris. Quand j’ai commencé à un peu haussé la voix il s’est enfuit par la Corniche.

Une fois mon café terminé, je rassemble mes affaires, c’est-à-dire mon téléphone et me mets en route pour me rendre à mon cours de néerlandais. Comme il fait beau, je décide d’y aller à pied. J’emprunte les escaliers de la rue de l’Immeuble dans un sens, puis dans l’autre. Au centre de formation de Monsieur Enligne, je m’inscris pour la formule de cours particuliers avec la professeur Madame Virtuel.

Tot ziens, morgen

Le cours se finit un peu brutalement par ce qu’on appelle l’exercice de mise en hors ligne de la session. Je rassemble à nouveau mon téléphone pour aller rejoindre mon amie Visage. Elle n’a plus de corps depuis quelques semaines. Elle se porte bien mais j’espère qu’il reviendra.

À La Cuisine, Ziggy n’avait pas préparé ma commande. Je lui avais pourtant bien expliqué que je passerais vers midi la chercher. Il me raconte que depuis que Covid Corona a racheté l’établissement il a décidé que la particularité du lieu serait que tout est en self service. Je ne prends pas la peine de lui expliquer qu’à mon avis il va faire faillite d’ici les prochains mois. Personne n’a envie d’aller au restaurant pour faire comme à la maison. Il me fait de la peine, il est si content de son nouveau projet. Mais, je sais que d’ici quelques minutes il aura envie d’autres choses. Rien ne dure très longtemps avec lui.

Après avoir pique-niqué au Parc Terrasse de Saint-Gilles, je décide d’aller au cinéma. C’est assez étrange car aucun nouveau film est disponible à l’affiche. Même l’endroit me paraît plus petit que dans mes souvenirs. Mais ça fait longtemps que je ne suis plus venue. Mais bon, quand même, l’écran me parait très petit et il n’y a plus de popcorn à acheter. Je passe autant de temps à choisir le film qu’à le regarder. J’opte pour un film d’époque qui retrace le parcours de 6 amis qui vivent à New-York si j’ai bien compris. Ils traînent dans un café ou dans leur appartement. Enfin, dans celui d’une des filles mais elle n’a pas l’air de trouver cela problématique. Apparement, ils ont un travail mais ils ne font qu’en parler, on ne les voit jamais réellement faire quelque chose. Ça dure 25 minutes, je me sens arnaquée. J’espère qu’il y aura une suite.

Je me promène dans le quartier du Salon avant de rentrer. C’est agréable d’être à l’abri du vent même si toutes les rues se ressemblent un peu. Est-ce que je ne suis pas en train de tourner en rond ?

Avant de rentrer chez moi, je fais un dernier arrêt au Spa. J’en ai clairement besoin. Je leur demande leur habituel soin du cuir chevelu à base de shampooing et un rasage à la vénus. Miroir me dit que j’ai l’air d’une nouvelle personne. Je le quitte en lui promettant de ne plus laisser passer autant de temps avant de revenir.

Une fois chez moi, je me prépare en vitesse: un joli pull et un petit peu de rouge à lèvres. J’hésite entre mes bottines à talons ou ma nouvelle paire de Chaussettes, celle que tout le monde s’arrache ces temps-ci. Je me souviens que sur le chemin pour rejoindre les copains, je devrai passer par internet où il y a plein d’applications possibles et que je risque d’avoir mal au pied avant de pouvoir m’installer à la terrasse de l’Ecran, avec eux. J’opte donc, pour ma nouvelle paire de Chaussettes.

Après plusieurs bisous lancés à la voléé, on rentre chacun chez nous en refermant différentes fenêtres et éteignant divers écran.

Je retrouve enfin le calme de mon appartement après cette longue journée. Mon chat me tire un peu la tête mais change vite d’avis. Je le serre contre moi et lui promets que je resterai à la maison le lendemain.

Journal du confinement – Jour 3

20 mars 2020.


Solo de Lous and The Yakuza. Creustel (compte Instagram). WhatsApp Vidéo.


8:59. Réveil. Ce confinement n’aide pas mon anxiété. Cette nuit, tout se mêlait dans ma tête. Les dépenses qui vont forcément augmenter puisque je suis plus souvent chez moi et mon chômage qui va diminuer, dès le mois prochain. Confinement mis à part, je pense que je pourrais le gérer. Car je pourrais mettre les bouchées doubles et diminuer mes attentes. Trouver un travail qui correspond à mon premier diplôme et non mon master et revoir mes attentes de salaires. Mais, en ce moment, avec la recherche d’emploi qui subit elle aussi les conséquences du Covid19, je suis inquiète. Comment ça ira quand tout cela sera fini? Est-ce qu’ils engageront encore ? Je suis déjà tellement démotivée de me dire que j’ai passé le cap d’un an de chômage. Ce n’était pas sur ma check-list Vie.

9:26. Je prends mon carnet et note ce que je dois faire aujourd’hui. Il est impératif que j’aille faire des courses. À défaut d’être joyeuse, j’ai envie d’avoir un frigo qui envoie un message positif. Et que la boîte d’œufs cessent de se battre en duel avec une bouteille de Pineau des Charentes probablement périmée.

Je vais aller marcher aussi.

11:37. Alors que je suis en rue pour aller faire une promenade, je suis prise d’une envie de pleurer. (Attention spoiler: cette envie couvrira 87% de ma journée). La rumeur courre que bientôt les seules déplacements qui seront autorisés sont pour le travail et les courses de premières nécessités. Plus question d’aller faire des promenade avec un ami à 1,5m de distance. Moi qui ait toujours été une casanière, je vis cette solitude forcée (même si je comprends la raison) comme un isolement. Ce n’est que le 3ème jour et je suis déjà à bout.

11:46. Peut-être qu’il est normal de passer par cette phase d’angoisse et de dépression ? Peut-être qu’il s’agit seulement d’un signe que notre corps est en train de s’adapter à une nouvelle normalité ?

12:31. Quelle idée à la con j’ai eu la semaine dernière de ne pas appeler la société en charge de l’ascenseur de mon immeuble pour venir le réparer avant le confinement. « Ça te fera un peu de sport forcé et éventuellement un beau cul ». Super, je suis ravie. Ça va me servir à quelque chose d’avoir un cul en béton si c’est pour qu’il soit confiné h24 dans un pyjama. Même pas sexy le pyjama.

14:00. Depuis hier et la lecture d’un article de Brain Magazine sur la critique des auteurs bourgeois qui écrivent leur journal de confinement je me sens un peu honteuse. Sans me prétendre écrivaine, je suis bourgeoise. Et j’en ai conscience. Seulement, je ne réalise pas toujours mes privilièges instantanément, il me faut prendre un peu de recul. Je suis en déconstruction. Le mot confinement est à prendre comme si c’était le nom de la période que nous vivons. Je suis consciente de l’endroit où je vis.parfois, j’ai besoin qu’on me le rappelle. Parfois, il suffit qu’une amie me dise que j’ai de la chance d’être en sécurité en comparaison à toutes ces personnes qui sont en premières lignes tous les jours. Et elle a raison. Prendre conscience de ses privilèges ne doit pas me faire culpabiliser de ne pas me sentir bien aujourd’hui mais peut mettre mon anxiété en perspective. Me faire prendre un peu de hauteur et de recul sur cette situation. Sur ma situation. Certes, je me sens un peu seule et je m’inquiète de l’état de mes finances, ce qui est légitime. Mais, je suis en sécurité.

15:37. WhatsApp vidéo avec ma sœur et mes nièces. Leurs voix, leurs sourires. Le bruit, les cris. Tout le monde qui parle en même temps. Ines qui crie « caca » et Julia qui veut laver des petits pots. Retrouver le chaos réconfortant d’une maison remplie de vie. Me dire que ma sœur est forte de pouvoir télétravailler dans ces conditions. Roberto qui prend en charge les repas. Je raccroche alors qu’ils vont faire du popcorn pour le goûter. Je raccroche et j’ai 6 ans, je suis dans l’appartement de mes grands-parents. avec ma sœur, mon frère et mon cousin. On fait du popcorn dans sa super machine. Dans un grand bol avec un peu d’huile d’olive et du sel, nos doigts plongent avec délectation. On est tous les 4 coincés dans le canapé et on regarde Cartoon Network.

17:14. J’ai mal à la tête. Je suis habitée d’une flemme inouïe. Je prends un livre pour le reposer, je commence une série que j’arrête après 10 minutes. J’ai envie de faire quelque chose mais finit par abandonner.

19:53. Je sors ma pâte à quiche du four et je me rends compte que j’ai oublié de mettre du papier de cuisson entre la pâte et les haricots secs. Et ils se sont tous incrusté dans cette dernière. Je suis bonne pour les retirer un à un à l’aide d’une cuillère. Il y a des jours où il ne faudrait pas essayer.

22:26. Je décide de me plier à la règle « demain est un autre jour » et je souhaite qu’il démarre bien. Me voilà, à ranger mon salon, faire la vaisselle, préparer le café pour que je n’ai plus qu’à appuyer sur le bouton, j’éponge, je range, je me douche et je me lave les cheveux.

Journal du confinement – Jour 1

Mercredi 18 mars 2020.


How Will I Know de Whitney Houston. On My Block de Lauren Iungerich, Eddie Gonzalez et Jeremy Haft. Joséphine Baker de Catel et Bocquet. Le Book Club Podcast de Louie Media.


8:00. Réveil en grande forme et de bonne humeur. Je suis moi-même surprise car je n’ai pas passé une nuit sereine. Et oui, l’annonce du confinement de la veille a quelque peu fait ressortir mon anxiété. En général, je suis heureuse de vivre seule. Vraiment. Mais bon, il est certain que la perspective d’être SEULE pour les prochaines semaines m’a fait ressentir mon choix comme une légère contrainte.

Challenge accepted.

9:10. Pendant mon ouverture matinale et quotidienne, un café à la main, Ziggy dans le creux de mon bras, d’instagram, je tombe sur le live enregistré la veille de Ben Platt, un acteur américain. Avec ses amis de confinement, il a enregistré une dance party. Sans plus grande introspection et réflexion, je retire mon pyjama et enfile des vêtements permettant une activité sportive. Je n’ai pas de tenue de sport à proprement parler. Le manque d’activité diront les mauvaises langues.

9:18. Je danse dans mon salon. Heureusement, l’appartement en face est inoccupé (cela veut-il dire qu’aussi longtemps que durera ce confinement, je ne peux pas espérer que quelqu’un lave ces foutus vitres qui commencent à me donner envie de leur faire une Monica ? Si tu as la ref tant mieux). Au plus je m’abandonne à mes mouvements, au plus je prends conscience du peu de chose que je suis. Et pour la première fois, cette pensée me rassure. Je n’ai pas de responsabilité, pas de travail, un chat à nourrir et des factures à payer, certes, mais je n’ai rien à faire d’autre que de rester chez moi. Et mon appartement je l’ai construit comme mon havre de paix, mon bunker. C’est ma chambre à moi. J’augmente le volume et je me connecte. Je m’éveille. Je prends possession de chaque recoin de mon appartement avec mes mouvements. A part Ziggy, personne ne me juge. Pas même moi.

Fini la rigolade. J’ai intérêt à ne pas trainer car le confinement commence à midi.

10:45. Je suis étonnée du monde en rue. Clairement, tout le monde est habité de la même urgence. À la poste, j’assiste à une scène que je n’aurais jamais pensé voir de ma vie. On fait la file sur le trottoir, 1,50m de distance entre nous pour rentrer 5 par 5 dans le bureau de poste. La voix de Macron en tête qui répète « On est en guerre », j’attends patiemment mon tour. On se sourit. Je retiens mon envie de tousser.

11:52. Je suis de retour chez-moi avec mon colis et une pizza surgelée. Y avait une file au Carrefour express, j’avais faim, j’ai opté pour le paki. C’était con. Je suis une faible personne.

13:10. Je sors mon transat dehors pour prendre le soleil. Je lis. J’écris, je brode sur un t-shirt. Je brode une phrase qui appelle à se mettre debout tout en restant affalée dans mon canapé (le temps s’était un peu rafraichit).

20:00. Il y a du bruit dans la rue. Tout le monde est à sa fenêtre pour applaudir toutes les personnes qui malgré les mesures de sécurité continuent de travailler: le personnel soignant, les pharmaciens, les travailleurs sociaux, les employés de grandes surfaces, les conducteurs de train et de transports en commun, les professeurs, les ouvriers, les agents d’entretien, les personnes qui ne peuvent pas télétravailler et qui tous les jours s’exposent au virus.

20:02. Je chiale. C’est beau ce monde qui applaudit.

Virginie Despentes, mon héroïne.