Journal d’une confinée – Jour 27

13 avril 2020.


La photo quotidienne en période de confinement sur le compte Instagram d’Audrey Pirault prise par son ami voisin. Les falafels maison. Voir pousser ses plantes.


Il y a des jours où ça va.
Et puis, il y a des jours où tu réalises que dans une semaine tu auras 30 ans.
J’en rigolais jusqu’ici.
Aujourd’hui, très peu.
Je n’aimais déjà pas l’idée de passer ce cap-là.
Mais, en confinement encore moins.

Il y a des jours où au réveil tu enchaînes 30 minutes d’exercices sportifs.
Et des jours où tu craques ton pyjama en faisant un squat.

Il y a des jours où tu prends conscience des bruits qui t’entourent.
Cela te rassure d’entendre cette vie loin de toi, ce rire d’enfant, ce cri d’un passant, ce skateboard et ce tram au loin.
La vie continue, malgré tout.
Et puis, il y a des jours où tu n’entends rien d’autre que le vent.
Celui qui vient du nord-est.
Celui que tu n’aimes pas.
Celui qui fait du bruit.
Celui qui t’angoisse.

Il y a des jours où tout va bien.
Tu n’as, d’ailleurs, pas besoin d’écrire pour calmer tes maux.
Et des jours où c’est le coeur lourd de peine, les yeux au bord des larmes et les mots au bout des doigts que tu écris pour donner un sens à ton angoisse.
Essayer de donner un sens.
Se connecter à son émotion, à sa temporalité.
S’autoriser à relativiser.
Mettre les mots bout à bout, les lier ensemble pour qu’ils n’expriment que les maux d’un instant.
D’une journée.

Car tu le sais.
Demain sera différent.
Les jours s’enchaînent et se ressemblent.
Sauf toi.
Sauf ce que tu ressens.
Demain, voire même dans une heure, tu auras le coeur plus léger.
C’est l’énergie qui reviendra.
Tu positiveras.

Mais, pas maintenant.

Tu as le droit.

Journal d’une confinée – Jour 19

5 avril 2020.


How To Get Away With Murder de Peter Nowalk. L’huile essentielle de pamplemousse. Le café glacé.


Ok, Confinement. Je suis prête.

Je suis prête que l’on se quitte.

L’ennui a fait des petits et je n’ai plus envie de cuisiner.

Tu as épuisé toutes tes cartouches.

J’ai brodé, commencé trop de bouquins que je n’ai pas eu l’énergie ou l’envie de terminer, cuisiné des recettes d’un autre monde, fait du sport sur ma terrasse car au bout du 15ème jour on s’en fout un peu de ce que les gens peuvent penser.

J’ai étudié mes voisins. Un peu trop. Je connais leurs habitudes, je sais que dans ce couple c’est le mec qui cuisine et la meuf qui pend la lessive, que cette maman seule met toujours un tabouret à la fenêtre pour que son fils puisse applaudir, que soit le salon en face de chez moi est un endroit partagé, soit le locataire à 4 petites amies différentes.

J’ai recommencé Friends pour la 26ème fois (de ma vie, pas du confinement), essayé des puzzles, entreprit des leçons de néerlandais, voulu postuler à des offres d’emplois qui n’existent pas.

J’ai contemplé le plafond de mon salon, de ma chambre et de ma salle de bain. Je me suis essayée au dessin avant de me rappeler que j’avais des limites. Du coup, j’ai tracé des lignes.

J’ai fait des gratins, des gateaux, des biscuits, des salades, des quiches, des galettes, des porridges, des petits plats et des boissons diverses et variées pour enjoliver mes journées.

J’ai participé à des appels vidéo via WhatsApp, Zoom, Skype, Messenger, Hangout, FaceTime et Whereby. J’ai joué en ligne au Pictionary et tenté un loup-garou.

J’ai écrit. Ce qui m’a fait du bien et m’a parfois fait pleuré.

J’ai fait des listes, tant de choses à faire pour prétendre une certaine productivité que d’envie pour l’après.

Je me suis lancée des défis aussi utiles que quelques minutes de sport par jour qu’inutiles tels que de laisser un peu de vaisselles sales s’empiler afin de me prouver que je ne suis pas une maniaque obsessionnelle.

J’ai autant échoué que réussi.

J’ai gommé, épilé, rasé, masqué, crèmé, coiffé, coupé, manucuré, limé, tressé, monté en chignon, lissé, crollé, ondulé, maquillé, démaquillé, nettoyé, purifié, matifié, teinté et rouge à levré.

J’ai fait le ménage, aspiré, récuré, passé à l’eau, frotté, séché, lancé des machines de linges et de vaisselles, lavé des vitres, dépoussiéré, mis du produit, laissé agir et rincé.

J’ai entreprit et abandonné aussi. J’ai essayé d’être productive et culpabilisé quand je ne l’étais pas. J’ai été bienveillante avec moi-même et ai tenté de m’écouter.

Et je me suis ennuyé.

Alors maintenant c’est bon. Confinement, j’ai donné. Tu peux arrêter de squatter mon canapé.

Merci d’être passé.

Journal du confinement – Jour 3

20 mars 2020.


Solo de Lous and The Yakuza. Creustel (compte Instagram). WhatsApp Vidéo.


8:59. Réveil. Ce confinement n’aide pas mon anxiété. Cette nuit, tout se mêlait dans ma tête. Les dépenses qui vont forcément augmenter puisque je suis plus souvent chez moi et mon chômage qui va diminuer, dès le mois prochain. Confinement mis à part, je pense que je pourrais le gérer. Car je pourrais mettre les bouchées doubles et diminuer mes attentes. Trouver un travail qui correspond à mon premier diplôme et non mon master et revoir mes attentes de salaires. Mais, en ce moment, avec la recherche d’emploi qui subit elle aussi les conséquences du Covid19, je suis inquiète. Comment ça ira quand tout cela sera fini? Est-ce qu’ils engageront encore ? Je suis déjà tellement démotivée de me dire que j’ai passé le cap d’un an de chômage. Ce n’était pas sur ma check-list Vie.

9:26. Je prends mon carnet et note ce que je dois faire aujourd’hui. Il est impératif que j’aille faire des courses. À défaut d’être joyeuse, j’ai envie d’avoir un frigo qui envoie un message positif. Et que la boîte d’œufs cessent de se battre en duel avec une bouteille de Pineau des Charentes probablement périmée.

Je vais aller marcher aussi.

11:37. Alors que je suis en rue pour aller faire une promenade, je suis prise d’une envie de pleurer. (Attention spoiler: cette envie couvrira 87% de ma journée). La rumeur courre que bientôt les seules déplacements qui seront autorisés sont pour le travail et les courses de premières nécessités. Plus question d’aller faire des promenade avec un ami à 1,5m de distance. Moi qui ait toujours été une casanière, je vis cette solitude forcée (même si je comprends la raison) comme un isolement. Ce n’est que le 3ème jour et je suis déjà à bout.

11:46. Peut-être qu’il est normal de passer par cette phase d’angoisse et de dépression ? Peut-être qu’il s’agit seulement d’un signe que notre corps est en train de s’adapter à une nouvelle normalité ?

12:31. Quelle idée à la con j’ai eu la semaine dernière de ne pas appeler la société en charge de l’ascenseur de mon immeuble pour venir le réparer avant le confinement. « Ça te fera un peu de sport forcé et éventuellement un beau cul ». Super, je suis ravie. Ça va me servir à quelque chose d’avoir un cul en béton si c’est pour qu’il soit confiné h24 dans un pyjama. Même pas sexy le pyjama.

14:00. Depuis hier et la lecture d’un article de Brain Magazine sur la critique des auteurs bourgeois qui écrivent leur journal de confinement je me sens un peu honteuse. Sans me prétendre écrivaine, je suis bourgeoise. Et j’en ai conscience. Seulement, je ne réalise pas toujours mes privilièges instantanément, il me faut prendre un peu de recul. Je suis en déconstruction. Le mot confinement est à prendre comme si c’était le nom de la période que nous vivons. Je suis consciente de l’endroit où je vis.parfois, j’ai besoin qu’on me le rappelle. Parfois, il suffit qu’une amie me dise que j’ai de la chance d’être en sécurité en comparaison à toutes ces personnes qui sont en premières lignes tous les jours. Et elle a raison. Prendre conscience de ses privilèges ne doit pas me faire culpabiliser de ne pas me sentir bien aujourd’hui mais peut mettre mon anxiété en perspective. Me faire prendre un peu de hauteur et de recul sur cette situation. Sur ma situation. Certes, je me sens un peu seule et je m’inquiète de l’état de mes finances, ce qui est légitime. Mais, je suis en sécurité.

15:37. WhatsApp vidéo avec ma sœur et mes nièces. Leurs voix, leurs sourires. Le bruit, les cris. Tout le monde qui parle en même temps. Ines qui crie « caca » et Julia qui veut laver des petits pots. Retrouver le chaos réconfortant d’une maison remplie de vie. Me dire que ma sœur est forte de pouvoir télétravailler dans ces conditions. Roberto qui prend en charge les repas. Je raccroche alors qu’ils vont faire du popcorn pour le goûter. Je raccroche et j’ai 6 ans, je suis dans l’appartement de mes grands-parents. avec ma sœur, mon frère et mon cousin. On fait du popcorn dans sa super machine. Dans un grand bol avec un peu d’huile d’olive et du sel, nos doigts plongent avec délectation. On est tous les 4 coincés dans le canapé et on regarde Cartoon Network.

17:14. J’ai mal à la tête. Je suis habitée d’une flemme inouïe. Je prends un livre pour le reposer, je commence une série que j’arrête après 10 minutes. J’ai envie de faire quelque chose mais finit par abandonner.

19:53. Je sors ma pâte à quiche du four et je me rends compte que j’ai oublié de mettre du papier de cuisson entre la pâte et les haricots secs. Et ils se sont tous incrusté dans cette dernière. Je suis bonne pour les retirer un à un à l’aide d’une cuillère. Il y a des jours où il ne faudrait pas essayer.

22:26. Je décide de me plier à la règle « demain est un autre jour » et je souhaite qu’il démarre bien. Me voilà, à ranger mon salon, faire la vaisselle, préparer le café pour que je n’ai plus qu’à appuyer sur le bouton, j’éponge, je range, je me douche et je me lave les cheveux.

Journal du confinement – Jour 2

19 mars 2020


Je disparais dans tes bras de Christine and the Queens. (Toujours) Joséphine Baker de Catel et Bocquet. Request in Peace Podcast. Les cookies banane-chocolat.


8:45. Je me réveille doucement. J’ai bien dormi. J’ai même rêvé, ce que je ne fais pas souvent, voire jamais. Je perds un peu les images de mon rêve mais, je sais qu’il impliquait mon salon, mon tapis et mon canapé. Génial, l’évasion les gars. Je suis en confinement chez moi, après un an de chômage, mon canapé je le connais par cœur. Et comme je ne rêve jamais, c’était l’occasion pour vous de briller, de me convaincre que rêver c’est incroyable, c’ est voyager, vivre des trucs de fous. Car si même mon inconscient n’y met pas du sien, ça va être long ce confinement.

10:07. Je suis au téléphone avec mes grands-mères et je prends conscience que je les ai plus eu au téléphone ces derniers jours que ce dernier mois.

11:25. Je décide de remédier à mon anxiété ambiante et mes pensées sombres en posant une action. Le Samu social recherche des travailleurs sociaux pour une période de deux mois, pour les aider pendant cette crise sanitaire. Me rendre utile, travailler, tenter de trouver une solution pour tous ces sans-abris et ces personnes fragilisées dans Bruxelles me semble important. Pour donner du sens à ce qu’on vit. À ce que je vis. Alors que je suis bien installée sur ma terrasse, que ma vue est magnifique bien qu’un peu couverte, je réalise mes privilèges. Et ô combien, on n’est pas tous égaux face à une crise.

14:21. Je reçois un message de ma maman me proposant de me lancer dans l’écriture d’un journal du confinement. Elle tombait à pic car, j’avais justement commencé 5 minutes plus tôt d’en écrire un. c’est l’évidence, une fois de plus et au cas où j’en avais besoin d’une, que je dois toujours écouter ma maman.

17:56. Je décide de cuisiner. Enfin, je fais des cookies pour mes matins. Trempés dans le café c’est délicieux. Je me rends compte que mon habitude de faire les courses au jour le jour en période de confinement n’est pas la plus idéale. Je n’ai rien qui va avec rien dans mon frigo. J’ouvre une bouteille de cidre (je n’ai plus de vin non plus), fais rôtir la fin de mon butternut et fais chauffer du riz.

20:01. Toujours les frissons. Il y a plus de monde qu’hier. C’est beau.

21:10. Après un échec flagrant de Loup-garou virtuel, on tente une e-conversation vidéo avec les copains.

23:28. J’entends le tram maintenant.

Journal du confinement – Jour 1

Mercredi 18 mars 2020.


How Will I Know de Whitney Houston. On My Block de Lauren Iungerich, Eddie Gonzalez et Jeremy Haft. Joséphine Baker de Catel et Bocquet. Le Book Club Podcast de Louie Media.


8:00. Réveil en grande forme et de bonne humeur. Je suis moi-même surprise car je n’ai pas passé une nuit sereine. Et oui, l’annonce du confinement de la veille a quelque peu fait ressortir mon anxiété. En général, je suis heureuse de vivre seule. Vraiment. Mais bon, il est certain que la perspective d’être SEULE pour les prochaines semaines m’a fait ressentir mon choix comme une légère contrainte.

Challenge accepted.

9:10. Pendant mon ouverture matinale et quotidienne, un café à la main, Ziggy dans le creux de mon bras, d’instagram, je tombe sur le live enregistré la veille de Ben Platt, un acteur américain. Avec ses amis de confinement, il a enregistré une dance party. Sans plus grande introspection et réflexion, je retire mon pyjama et enfile des vêtements permettant une activité sportive. Je n’ai pas de tenue de sport à proprement parler. Le manque d’activité diront les mauvaises langues.

9:18. Je danse dans mon salon. Heureusement, l’appartement en face est inoccupé (cela veut-il dire qu’aussi longtemps que durera ce confinement, je ne peux pas espérer que quelqu’un lave ces foutus vitres qui commencent à me donner envie de leur faire une Monica ? Si tu as la ref tant mieux). Au plus je m’abandonne à mes mouvements, au plus je prends conscience du peu de chose que je suis. Et pour la première fois, cette pensée me rassure. Je n’ai pas de responsabilité, pas de travail, un chat à nourrir et des factures à payer, certes, mais je n’ai rien à faire d’autre que de rester chez moi. Et mon appartement je l’ai construit comme mon havre de paix, mon bunker. C’est ma chambre à moi. J’augmente le volume et je me connecte. Je m’éveille. Je prends possession de chaque recoin de mon appartement avec mes mouvements. A part Ziggy, personne ne me juge. Pas même moi.

Fini la rigolade. J’ai intérêt à ne pas trainer car le confinement commence à midi.

10:45. Je suis étonnée du monde en rue. Clairement, tout le monde est habité de la même urgence. À la poste, j’assiste à une scène que je n’aurais jamais pensé voir de ma vie. On fait la file sur le trottoir, 1,50m de distance entre nous pour rentrer 5 par 5 dans le bureau de poste. La voix de Macron en tête qui répète « On est en guerre », j’attends patiemment mon tour. On se sourit. Je retiens mon envie de tousser.

11:52. Je suis de retour chez-moi avec mon colis et une pizza surgelée. Y avait une file au Carrefour express, j’avais faim, j’ai opté pour le paki. C’était con. Je suis une faible personne.

13:10. Je sors mon transat dehors pour prendre le soleil. Je lis. J’écris, je brode sur un t-shirt. Je brode une phrase qui appelle à se mettre debout tout en restant affalée dans mon canapé (le temps s’était un peu rafraichit).

20:00. Il y a du bruit dans la rue. Tout le monde est à sa fenêtre pour applaudir toutes les personnes qui malgré les mesures de sécurité continuent de travailler: le personnel soignant, les pharmaciens, les travailleurs sociaux, les employés de grandes surfaces, les conducteurs de train et de transports en commun, les professeurs, les ouvriers, les agents d’entretien, les personnes qui ne peuvent pas télétravailler et qui tous les jours s’exposent au virus.

20:02. Je chiale. C’est beau ce monde qui applaudit.

Virginie Despentes, mon héroïne.

Après deux ans

Hier soir j’ai eu peur.

 

Pas parce que j’avais entendu un bruit ou vu un film stressant.

Ce n’était pas non plus car j’étais seule chez moi et que j’entendais fort le vent.

Ce n’était ni irrationnel, ni lié à l’instant.

J’étais paniquée, paralysée et je pleurais sans larmes.

Mes yeux fixaient la porte entrouverte de ma chambre.

Je ne comprenais pas.

 

Mon appartement c’est mon hâvre de paix. Un lieu à moi.

Ma chambre à moi. Et à mon chat aussi.

Ici je me sens bien, je suis libre.

Depuis que je suis à la recherche d’un emploi, j’ai eu le temps de l’apprivoiser.

Je connais ses moindres recoins et tous ses secrets.

Ses bruits sont familiers et ses défauts acceptés.

C’est l’extension de moi-même. Un lieu à moi.

 

Cependant, hier soir, je n’étais plus chez moi.

Je n’ai pas tout de suite compris. Pourtant, je le savais.

Quelqu’un allait s’introduire dans mon appartement.

Paralysée dans le silence de ma chambre, j’en étais persuadée.

Ce n’était pas irrationnel.

C’était une certitude.

 

Et c’est au bruit de ma respiration que j’ai compris.

Cette peur c’est la mienne.

Et elle porte un nom.

Trouble de stress post-traumatique.

 

Le 21 janvier dernier cela faisait deux ans qu’un dimanche matin je me suis réveillée car je sentais que quelqu’un s’allongeait dans mon lit.

C’était mon voisin.

Un matin, bourré, drogué (probablement), il a décidé de me faire la peur de ma vie.

De me voler ma sécurité.

Ma tranquilité.

J’ai changé d’appartement.

Je n’ai plus recroisé cet individu.

Je qualifiais cette mésaventure d’incident.

Je la réduisais à l’anecdote.

J’en riais. Presque.

 

Sauf que hier soir, j’ai vérifié 6 fois que j’avais fermé ma porte à clé.

Je n’ai pas mis mon téléphone en mode avion.

J’ai fait des exercices de respiration car je me sentais stressée.

J’ai lu, posé mon livre après avoir lu la même phrase une dizaine de fois.

J’ai regardé Friends.

Pris mon chat dans les bras.

Mais ma respiration ne se calmait pas.

J’avais beau avoir trouvé le sommeil c’est comme si on ne savait plus communiquer.

Mes yeux sur la porte.

Mes oreilles qui déchiffrent le silence.

Les bruits de la rue au loin. En fond sonore.

Le vent. Mon frigo.

 

Mais personne qui ne rentre dans mon appartement.

Octobre rose

À vous,

En paires,

Ou seul, tel un survivant

À ceux choyés, dorlotés,

Embrigadés dans des corsets trop serrés,

À ceux qui sont mis en avant,

Ou un peu cachés,

À ceux qui viennent de pousser et qui font un mal de chien,

Ou qui commencent à tomber sous le poids des années, des allaitements ou autres « camions pouet-pouet »,

À ceux qui n’ont jamais vraiment pointés vers le haut,

À ceux qui ne se ressemblent pas, ne se regardent pas ou qui ne vont pas dans la même direction,

À ceux qui font mal quand on se retourne la nuit,

Ou quand on courre pour attraper un bus,

À ceux qui n’ont jamais eu besoin de soutien-gorge ou qui les ont usés,

À ceux qui sont à l’origine de multiples maux de dos et qui ne rentrent pas dans un bikini triangle,

Ou à cause de qui tu ne peux pas porter une chemise ceintrée,

À ceux qui t’ont fait mettre de la ouate avant d’acheter des soutiens rembourrées,

À ceux qui t’ont valu d’être comparé à une planche à repasser

Et à cause de qui tu déplores ton décolleté,

À ceux qui sont les stars quand tu es au-dessus,

À ceux qui ont froid, qui ne sont pas à la place de tes yeux

À ceux dont tu as honte, que tu ne souhaitais pas,

À ceux que tu as rêvés et jamais eus

À ceux qui sont beaux, ronds, poilus, pointus, assymétriques,

À ceux qui sont libres ou opprimés,

À ceux qui sont balancés, palpés, trop regardés, têtés, carressés,

À ceux qui défendent une cause,

À ceux qui ont mal en eux,

Qui ont perdu leur compagnon,

Ou qui ont été reconstruit,

À ceux qui ont survécus,

Ou qui sont toujours au combat,

Merci d’être de petits ou gros compagnons du quotidien.

Prenez soins d’eux,

Dépistez-vous.

Cartes sur table, par Charlotte Abramow

Trois petites minutes pour bien démarrer la journée

Aujourd’hui, j’avais envie de vous retrouver pour un article blabla.

Depuis quelque temps, je me rends compte que j’ai une petite habitude le matin qui me rend de bonne humeur et me donne de l’énergie pour le reste de la journée.

Vous savez, on a tous ces petites choses du quotidien qui, même si elles sont très routinières, elles permettent de garder un équilibre. Sans elles, tout s’effondre.

Non, je ne suis pas du tout en mode drama queen ! Prenons ce matin, par exemple :

Je peux arriver au travail entre 7h30 et 8h30 mais, aujourd’hui, je me suis réveillée à 6h30 (sans raisons apparentes). À 6h55, après avoir essayé de retrouver le sommeil et d’avoir flâné sur les réseaux sociaux (dès le réveil, c’est mal), j’ai capitulé. Je me suis levée et j’ai commencé ma journée (« profites-en pour arriver tôt au bulot, ça changera »).

Après avoir bu un grand verre d’eau, j’ai préparé mon café. Habituellement, j’attends qu’il coule et j’en profite pour m’étirer, réfléchir, me réveiller en douceur et envisager le déroulement de ma journée. Sauf que, ce matin, je ne sais pas pourquoi, en un coup je me suis dépêchée.

Je suis connue pour être extrêmement lente. Régulièrement, je démarre ma journée à 7h00 – 7h15 du matin, par le même rituel. Mais après, d’un coup, il est 30 minutes plus tard et j’ai seulement bu mon café. Même si je m’énerve à être comme ça, je me suis habituée et j’en ai fait un besoin. Je sais être efficace quand il le faut. Cependant, j’ai besoin d’avoir le temps.

Et ce matin, spécifiquement, j’avais le temps. Et je voulais arriver tôt au boulot.

Sauf que mon copain avait son propre emploi du temps, dont j’étais au courant, et je me suis énervée. Je l’ai pressée, je me suis dépêchée, je l’ai quitté fâchée et j’ai renversé mon café.

Je sais que tout ça est sans importance pour vous, et vous avez raison. Ou alors, pouvez-vous, peut-être aussi, en tirer une leçon ? La journée, elle commence dès le réveil. Et si, comme pour moi, celui-ci est déterminant pour vous, prenez le temps.

La vie défile et on ne profite pas assez. Demain, on aura 50 ans et ces années auront filées sans qu’on ne les ai vu passées. Prenons le temps quand on peut, quand on en a besoin. Une minute c’est long quand on y réfléchit. Alors imaginer, chaque matin prendre deux à trois minutes pour vous, rien que pour vous. Pour apprécier la journée qui s’annonce, la programmer, pour rire d’une blague de la veille, pour apprécier l’odeur du café, ou du pain grillé, pour regarder dehors, voir le temps qu’il fait et se dire qu’il pleut, encore. Trois minutes le matin pour s’étirer, méditer et laisser les bonnes énergies vous envahir. Trois petites minutes pour bien démarrer la journée.

The Time Traveler by Xetobyte

 

Célébrons les (droits des) femmes !

Aujourd’hui, le 8 mars, marque l’annuelle journée internationale des droits de la femme. Une journée pour se rappeler qu’il existe encore trop d’inégalités et que la femme est encore bien trop opprimée dans le monde entier. Et oui, ne baisser pas les yeux, chez nous aussi. 

D’ailleurs Le Soir d’aujourd’hui, sans bien se fouler pour nous sortir un vrai dossier sur un bilan de la condition de la femme dans le monde, nous rappelle que l’écart se creuse et se maintient entre les sexes. Ça me désole car chaque année on nous sort les mêmes chiffres sans développer aucune solution. C’est presque comme si chaque année on reculait. A force de répéter les inégalités on s’en contentera non? Du moins, on sera habitué et on se dira qu’on pourrait être une femme en Arabie Saoudite, donc réalisons notre chance.

Et bien, je dis stop. Stop à cette hypocrisie. L’égalité est possible, organisons-là. Ça commence à l’école, l’éducation a besoin d’être repensée. Et puis, il faut que la politique prenne le relais afin que les rôles sociaux de genre puissent être réarticulés. Il est primordial que les rôles sociaux soient redéfinis sans tenir compte du sexe et sans les hiérarchiser. 

Il n’est pas possible qu’en 2016 une femme se voit encore reproché le viol qu’elle a subi, aussi courte était sa jupe. Il n’est pas possible qu’en 2016, il y ait toujours une différence de salaire entre un homme et une femme. Et il n’est certainement pas possible qu’en 2016 la Légion d’honneur soit remise au prince héritier de l’Arabie Saoudite. À quand un peu de justice ?

J’aimerais rappeler le mot droit présent dans le titre de cette journée qui est bien trop souvent oublié. Aujourd’hui, ce n’est pas la journée de la femme mais de ses droits. Cette journée doit permettre de se rappeler des droits que nous avons acquis et de les utiliser pour tenter, un jour de plus, d’atteindre cette égalité. Je refuse de croire qu’elle est utopique.

Alors pour tout cela, je vous remercierais de ne pas m’offrir de fleurs, de ne pas m’accorder des ristournes dans les magasins sous prétexte que je suis une femme, de ne pas redoubler d’attention à mon égard car il s’agit bien de ma journée. Je n’ai pas choisi d’être femme. Ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit, je suis très heureuse de l’être. Mais, je n’ai pas besoin que vous me le rappeliez car il m’est impossible de l’oublier.

Offrez-nous le respect d’être considérées comme votre égal. Ne perdurez pas ses inégalités en m’accordant des promotions au rayon hygiène et parfumerie des grandes surfaces ou à l’achat d’un aspirateur.

Utilisez cette journée pour vous souvenir de toutes les remarques que vous avez un jour dites à une femme simplement parce qu’il était facile de lui faire une remarque. Souvenez de toutes les horreurs dont vous avez étés témoin en tant que femme et dont vous avez appris à vous y accommodez. Vous ressentez ? Le dégoût et la colère ?

Utilisez-là pour qu’il n’y ai plus jamais de journée de la femme ou même de ses droits. Soyons fières d’être femme car nous avons démontrer que nous pouvons nous battre sans faire de guerre. Rappelons aux petites filles de ne pas avoir honte, de s’exprimer, d’oser et de ne pas arrêter de rêver sous prétexte qu’on leur dit, un jour, que cela était réservé aux garçons. 

Merci à Klaire fait Grr pour son poème.