Octobre rose

À vous,

En paires,

Ou seul, tel un survivant

À ceux choyés, dorlotés,

Embrigadés dans des corsets trop serrés,

À ceux qui sont mis en avant,

Ou un peu cachés,

À ceux qui viennent de pousser et qui font un mal de chien,

Ou qui commencent à tomber sous le poids des années, des allaitements ou autres « camions pouet-pouet »,

À ceux qui n’ont jamais vraiment pointés vers le haut,

À ceux qui ne se ressemblent pas, ne se regardent pas ou qui ne vont pas dans la même direction,

À ceux qui font mal quand on se retourne la nuit,

Ou quand on courre pour attraper un bus,

À ceux qui n’ont jamais eu besoin de soutien-gorge ou qui les ont usés,

À ceux qui sont à l’origine de multiples maux de dos et qui ne rentrent pas dans un bikini triangle,

Ou à cause de qui tu ne peux pas porter une chemise ceintrée,

À ceux qui t’ont fait mettre de la ouate avant d’acheter des soutiens rembourrées,

À ceux qui t’ont valu d’être comparé à une planche à repasser

Et à cause de qui tu déplores ton décolleté,

À ceux qui sont les stars quand tu es au-dessus,

À ceux qui ont froid, qui ne sont pas à la place de tes yeux

À ceux dont tu as honte, que tu ne souhaitais pas,

À ceux que tu as rêvés et jamais eus

À ceux qui sont beaux, ronds, poilus, pointus, assymétriques,

À ceux qui sont libres ou opprimés,

À ceux qui sont balancés, palpés, trop regardés, têtés, carressés,

À ceux qui défendent une cause,

À ceux qui ont mal en eux,

Qui ont perdu leur compagnon,

Ou qui ont été reconstruit,

À ceux qui ont survécus,

Ou qui sont toujours au combat,

Merci d’être de petits ou gros compagnons du quotidien.

Prenez soins d’eux,

Dépistez-vous.

Cartes sur table, par Charlotte Abramow